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13-06-2026

10:33

Avantages contre activités politiques : les dessous de la décision concernant les officiers à la retraite

L'AUTHENTIQUE - Tout récemment, le Conseil des ministres sous les auspices du président Ghazouani a décidé d’accorder des avantages à vie aux hauts gradés de l’armée à la retraite en contrepartie de leur mise à l’écart de toute activité politique.

Cette décision s’inscrit dans une stratégie de long terme du président Ghazouani, qui est lui-même un ancien général. L’objectif est de neutraliser la menace politique, sécuriser son assise institutionnelle et anticiper l’après-présidence.

Le Président Ghazouani connaît parfaitement le pouvoir de nuisance de sa propre institution. Officiellement, le régime justifie cette mesure pour moderniser le cadre juridique régissant l’armée. Le non-respect de cette interdiction d'activité politique s'expose à des sanctions, allant de la privation des nouveaux avantages au gel de la pension, renforçant ainsi la discipline après la fin de la carrière active.

Cette mesure est née d'un contexte précis. Depuis un certain temps, des officiers à la retraite font parler d'eux, par exemple en participant à des cérémonies politiques, culturelles, en se positionnant comme futur candidat présidentiable, ou en animant des podcasts médiatiques. Cela crée un contre-pouvoir potentiel que le pouvoir a souhaité encadrer.

L’histoire de la Mauritanie est en effet jalonnée de coups d’État, comme celui d’août 2005, ou de tentatives comme en juin 2003 initiées par des officiers exclus ou mécontents. Les officiers retraités sont un réservoir de compétences organisationnelles et tactiques recherché par les mouvements d'opposition. En les achetant, Ghazouani coupe l’herbe sous le pied à toute tentative de déstabilisation.

L’autorité d’un général retraité peut servir de caution et de chef de file à une contestation. La prime à vie est donc une mesure d’achat de loyauté qui dissout ces facteurs de risques en transformant des acteurs politiques potentiels en simples rentiers.

Cette mesure est populaire auprès des militaires en activité. Elle leur garantit une retraite confortable s'ils restent loyaux, ce qui contribue à maintenir le moral et l'attractivité des carrières militaires.

Le débat sur un troisième mandat agite la scène politique mauritanienne. Dans ce contexte, verrouiller l’armée est une nécessité absolue pour garantir la stabilité du régime, car une alternance imposée « par le bas » est un risque que le pouvoir ne veut pas prendre.

Il est aujourd’hui question que le Président songe à sa propre préservation une fois le pouvoir quitté. Son expérience de général l’a convaincu de la nécessité de pacifier un maximum d’acteurs puissants avant de leur laisser les clés du jeu.

Par ailleurs, la Mauritanie mène une politique étrangère complexe, avec des pressions régionales (notamment entre le Maroc et l'Algérie). Un remaniement militaire en décembre 2024 visait déjà à éloigner Nouakchott de l’influence algérienne. Contrôler les officiers permet d’éviter qu’ils ne deviennent des relais d’influence pour des puissances étrangères.

Cette décision de Ghazouani n’est donc pas une simple faveur, mais un acte politique visant à museler l’armée en échange d’une rente. Si cette stratégie lui garantit une stabilité à court et moyen terme, elle n’est pas sans risques, notamment celui de créer une caste privilégiée ou de braver l’opinion publique.





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