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AD1172: La majorité des Mauritaniens pensent que les hommes devraient avoir davantage droit à l’emploi que les femmes
Afrobarometer -- La plupart des citoyens veulent que la police et les tribunaux protègent plus les femmes et les filles contre la discrimination et le harcèlement.
La Mauritanie a entrepris des efforts en faveur de l’égalité de genre en renforçant son cadre institutionnel, politique et juridique, notamment à travers la ratification d’instruments internationaux des Nations Unies, de l’Union Africaine et de l’Organisation Internationale du Travail (Groupe de Travail des Nations Unies sur la Discrimination à l’Egard des Femmes et des Filles, 2023).
Par ailleurs, la Constitution interdit toute forme de discrimination, et le pays a adopté des politiques pertinentes, telles que la Stratégie Nationale d’Institutionnalisation du Genre (2015-2025) (République Islamique de Mauritanie, 2017 ; Agence Française de Développement, 2016).
Des unités spécialisées chargées des questions de genre ont également été mises en place au sein des ministères. En outre, l’Observatoire National des Droits des Femmes et des Filles a été créé pour suivre et promouvoir ces droits (Partenariat EDIFIS, 2025 ; Ministère de l’Action Sociale, de l’Enfance et de la Famille, 2022).
En matière d’éducation, la gratuité de l’éducation à tous les niveaux est assurée par l’Etat, et une révision des manuels scolaires a été entreprise afin d’éliminer les contenus stéréotypés basés sur le genre (UNESCO, 2025). De plus, le gouvernement déploie des efforts pour privilégier les filles dans l’octroi de bourses, avec un quota de 30% pour les filles dans divers programmes.
Le taux des filles dans les universités publiques est aussi passé de 37% en 2019 à 48% en 2023 (Carrefour de la République Islamique de Mauritanie, 2012 ; Groupe de Travail des Nations Unies sur la Discrimination à l’Egard des Femmes et des Filles, 2023).
Sur le plan de la représentativité politique, un décret a été adopté en 2006 introduisant des quotas de genre, réservant 20 des 88 sièges parlementaires aux femmes et 20% des sièges aux femmes pour les élections municipales. Depuis lors, la représentation des femmes au Parlement a augmenté, passant de 17% en 2006 à 23,3% en 2023 (Carrefour de la République Islamique de Mauritanie, 2024 ; Programme des Nations Unies pour le Développement, 2023).
Toutefois, des lacunes persistent en matière d’égalité de genre en Mauritanie.
Sur le marché du travail, les femmes sont moins actives que les hommes, et sont plus nombreuses dans le secteur informel, souvent précaire et dépourvu de protections formelles (Banque Africaine de Développement, 2022).
Dans le domaine foncier, peu de femmes possèdent une propriété foncière ou immobilière, ce qui compromet énormément leur droit à un niveau de vie adéquat, leur sécurité alimentaire et leur accès au crédit (Office Nationale de la Statistique, 2021).
Cette dépêche présente les résultats d’un module spécial inclus dans le questionnaire du Round 10 de l’enquête Afrobarometer qui explore les perceptions des Mauritaniens sur l’égalité des sexes.
Les résultats mettent en évidence des inégalités persistantes entre les femmes et les hommes en Mauritanie en matière d’éducation, d’emploi et d’autonomie économique. Les femmes sont moins nombreuses à atteindre les niveaux d’enseignement secondaire et post secondaire, et plus susceptibles de n’avoir aucune éducation formelle.
Les normes sociales restent également défavorables aux femmes, une large majorité des citoyens estimant que les hommes devraient être prioritaires en matière d’emploi, et les femmes bénéficient moins que les hommes d’un emploi.
Dans les sphères familiale et communautaire, certaines filles sont encore empêchées d’aller à l’école, tandis que certaines femmes se voient refuser l’accès à un emploi rémunéré. Par ailleurs, des proportions non négligeables de la population signalent des cas de discrimination, de harcèlement et de violences sexistes, tant dans les milieux scolaires que dans les espaces publics.
Peu surprenant, une forte majorité des Mauritaniens considèrent que les institutions, notamment la police et les tribunaux, doivent intensifier leurs efforts pour mieux protéger les femmes et les filles.
Enfin, les femmes demeurent moins autonomes économiquement, étant moins impliquées dans la gestion de leurs revenus et plus exposées à l’absence de ressources.