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Déclaration des ex-officiers et sous-officiers gérants des entreprises membres de l'USGA.
Depuis que la loi n°2009-025 sur les sociétés de sécurité, de gardiennage et de transport de fonds a été promulguée, le débat traverse l’opinion, soudain réveillée à l’enjeu par les articles d’une presse, de plus en plus encline à jouer son rôle de vecteur critique.
Pourtant, l’une des parties en conflit, particulièrement intéressée par la nouvelle norme, en a fait « sa chose exclusive », son privilège de corporation. Ainsi a-t-elle entrepris de s’assurer un monopole arbitraire sur une activité dont l’essor actuel résulte d’années de sacrifice, d’inventivité et d’ardeur au travail.
Ceux qui estiment que la loi 2009-025 est leur chasse gardée ont très vite sonné la charge, sans aucun égard pour la précarité de leurs autres frères d’armes ni la moindre attention au sort de milliers de gardiens civils et militaires, tous cadres ou simples employés de sociétés désormais sous la menace de la fermeture pure et simple.
Voilà comment un texte de droit, au départ pensé pour servir les masses exposées au chômage, est en passe de se vider de sa lettre et de son esprit, car, après avoir pillé la Mauritanie durant les deux dernière décennies du désordre programmé, le cercle qui préempte aujourd’hui la loi réussit à la faire plier, puis adapter, à son seul profit.
A l'USGA (Union des Sociétés de Gardiennage en Activité), nous, ex-officiers et sous-officiers gérants des entités membres, estimons que la loi 2009-025 ne saurait être ramenée à une simple carcasse de mouton, objet du partage inégal : le foie au colonel, les cotes au commandant, le cou à la troupe. En effet, au rythme où vont les choses, le texte a été vidé de son essence au point de consacrer un avantage, à vie, au bénéfice d’une poignée d’ex-hauts gradés des forces armées et de sécurité dont des tortionnaires, parfois impliqués dans le trafic de drogue, et des prévaricateurs, les uns et les autres évidemment impunis.
Manifestement, l’intention a été dévoyée dès lors que ses effets, au lieu de soulager la misère du plus grand nombre, vont plutôt contribuer à renflouer les poches, sans fond, d'une minorité à laquelle la Mauritanie doit les plus sombres heures de son histoire ; pour ce faire, le nouveau club des privilégiés, bénéficiaire des 18 agréments, exigeait, d’abord, le retrait de tous les permis d’exercer : l’acharnement préalable vise toutes les structures de sécurité privée-gardiennage-transport de fonds. Malgré leur conformité aux obligations légales et une intégrité remarquable, des sociétés crédibles seront bientôt contraintes à licencier, vendre le matériel à vil prix et renoncer à toute activité.
Devant la montée de l’indignation des Mauritaniens, le procédé dilatoire et la ruse ont supplanté la force brute : en attendant de déclarer illégales les anciennes unités, celles-ci se retrouvent dans l’incapacité de se porter candidates au renouvellement en cours des marchés annuels de sécurité privée. L’on tente ainsi de les asphyxier, par défaut de clientèle. « Prête-moi la mise que je te jette sur la paille », résume, un peu, le credo de cette mauvaise vengeance ressuscitée.
Si l’on ne se résolvait à rendre son dû à César, le bons sens voudrait, qu'au moins, il gardât sa toge.
Aujourd’hui, bien des vices cachés remontent à la surface de l'attribution des 18 agréments qui tronquent la loi 2009-025…
Il a été chanté partout, sur tous les tons et sur tous les toits, que plus de 250 sociétés ont fusionné pour arriver au chiffre de 18 entités agréées ; c'était, prétendait-on, bénéfique pour des milliers d'anciens « militaires » qui en avaient bien besoin.
Or, sur ces points précis, les courbes de la réalité crue s'écartent nettement des affirmations qui relèvent du boniment. Ici, la personne physique (l'individu) ne peut être confondue avec la personne morale (société) qui, elle, en la matière, est un conglomérat d'actionnaires ou d'associés. Qu’on le veuille ou non, les 18 sociétés nouvellement agréées n'appartiennent qu'à quelques personnes – et quelques personnes seulement – et non à tous les anciens membres des forces armées et de sécurité, comme certains joyeux esprits veulent le faire accréditer.
Sans préjuger de la bonne moralité ou du comportement des animateurs des 18 sociétés nouvellement « agrémentées », il suffit d'en choisir 5, au hasard, pour se rendre compte qu'elles ont, de commun, le critère de l’homogénéité communautaire ; nul ne s'étonne, outre mesure, du danger pour le pays de tolérer des sociétés de sécurité appartenant, de manière distincte, aux composantes arabo-berbère et négro-africaine….
Il fallait se souvenir des terribles épreuves subies, par la Mauritanie, du fait des replis identitaires, de l'étroitesse d'esprit et de l'intolérance qui ont même déteint dangereusement sur les corps constitués de la République, nous laissant des héritages honteux et bien des passifs à épurer.
Pire, force est de le constater, ici, que « l'objet de la dispute » réside également dans le fait patent et presque constant que quelques individus, connus pour « bien nantis » – en tout cas à l’abri du besoin – se taillent la part du lion, s'accaparent la presque totalité des actions et ne tolèrent, à leurs obscurs associés, que des portions bien (in)congrues.
Que 5 pelés et 4 tondus arrivent, contre toute attente, à s'attribuer les « dividendes et prébendes » d'une loi conçue pour profiter à tous, passe encore, mais que la même minorité dorée se fasse octroyer le beurre, l'argent du beurre et, pardessus le marché, les bonnes grâces de la fermière requiert une explication ! 50 millions d’ouguiyas d’argent public, attribués sous forme de subvention à chacune des 18 sociétés nouvellement agréées, resteraient un investissement équitable si la même faveur avait été consentie aux concurrents, surtout les doyens du secteur, d’ailleurs à l'avant-garde de la sécurité privée en Mauritanie.
Il est grand temps que « qui de droit » daigne enfin rappeler à l’ordre tous ceux qui, de façon si intéressée, ont détourné de son objectif la loi n°2009-025, car laisser prospérer l’injustice créée par les opportunistes c’est dévêtir Jean pour habiller Paul, affamer Maham pour engraisser Mahmoud et cela ne se peut plus, en 2012. Faut-il leur rappeler que le Président de la République, Son Excellence Mohamed Ould Abdel Aziz avait, très vite acquis le surnom de « Président des Pauvres » et gagné l’élection présidentielle en suscitant l’espoir des plus démunis ?!!
Nous sommes patients, convaincus que « quiconque se cache derrière le manteau du jour est nu le lendemain» et selon la sagesse populaire, « quand l’on montre le soleil à un idiot, il continue à regarder le doigt ».
Nouakchott, le 18/02/2012
Pour Les ex-Officiers et Sous-Officiers
Gérants des sociétés membres de l’USGA
Le Coordinateur
Henoune Ould Mohamed
Officier à la retraite